Imaginez qu’un match de football soit organisé, mais cette fois, nous connaissons déjà le résultat. Aurons-nous toujours le même enthousiasme et la même excitation pour regarder le match ? Ou bien, supposons que nous ayons envie de neige. Au lieu de nous rendre dans des chaînes de montagnes ou sur des routes magnifiques couvertes de neige, nous commandons de la neige artificielle pour jouer dans notre jardin. Cette expérience d’un « accès facile » peut-elle remplacer le sentiment authentique d’un jeu de neige au cœur de la nature ?
Dans le monde d’aujourd’hui, presque tous nos besoins quotidiens peuvent être satisfaits en quelques clics : en deux clics, nous commandons un repas, achetons des vêtements, appelons un taxi et parfois même trouvons un ami ou un partenaire de vie.
Il ne fait aucun doute que ce confort et cette facilité sont extraordinaires et qu’il faut les apprécier. Cela n’a rien de comparable avec les difficultés qu’ont connues nos parents. Mais ce qui reste invisible, c’est que plus le monde devient facile d’accès et à portée de main, plus notre lien réel avec lui, et surtout avec les relations humaines profondes, s’efface.
Pourquoi ne sommes-nous pas apaisés ? Pourquoi, lorsque notre téléphone n’est pas « à portée de main », avons-nous l’impression d’avoir perdu quelque chose ? Pourquoi pensons-nous que nous pourrions manquer une nouvelle ou un message important ? Et pourquoi, quand nous revenons à notre téléphone et découvrons qu’il n’y a rien de nouveau, notre anxiété s’intensifie-t-elle ?
Pourquoi parfois, plus nous sommes « connectés », plus nous avons l’impression d’être « étrangers » ? Est-ce que je suis le seul à le ressentir, ou est-ce aussi votre cas ?
Hartmut Rosa, estime que le monde doit être « rendu inaccessible ». Ce philosophe allemand, dans son livre Rendre le monde indisponible, explique que l’homme moderne cherche constamment à contrôler le monde et à tout rendre prévisible. Mais cet effort sans fin l’éloigne des expériences inattendues et authentiques. Il évoque également deux forces motrices opposées : la « peur de manquer ou de stagner » et la « quête d’une vie meilleure ». Rosa affirme que cette pression incessante pour contrôler, progresser et dominer le monde entraîne, au lieu de la sérénité, de l’anxiété, de l’épuisement et un sentiment permanent d’insatisfaction.
Il attribue cette situation à une réduction du « résonnement » (resonance) dans les relations humaines et dans notre rapport au monde. Ce résonnement correspond à ce sentiment de connexion vivante et significative avec les autres et avec la nature.
Quelle en est la conséquence ? « L’extinction » ou « l’érosion de l’âme » du monde.

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