La théorie des usages et gratifications, tout en considérant les publics comme actifs, met l’accent sur leurs besoins et leurs motivations dans l’utilisation des médias. Elle soutient que les valeurs, les intérêts et le rôle social des publics sont importants, et que les individus choisissent ce qu’ils veulent voir et entendre en fonction de ces facteurs.
La question centrale de cette théorie est : pourquoi les gens utilisent-ils les médias et dans quel but les utilisent-ils ? Une réponse probable est que les gens utilisent les médias pour obtenir des conseils, de la sérénité, des informations adaptées et pour construire leur identité personnelle (McQuail, 1985 : 404).
Les fondements de la théorie de l’usage et de la gratification remontent à un article d’Elihu Katz (1959), dans lequel Katz, en réponse aux affirmations de Lazarsfeld et Berelson, a établi que le domaine des communications de masse avait acquis une indépendance fonctionnelle, enrichissant ainsi le champ des études et des recherches en communication. Cette théorie met l’accent sur le rôle actif des publics et sur les effets des messages. Au lieu de répondre à la question : « Que font les médias ? », l’objectif de cette théorie est de répondre à la question : « Que font les individus, activement ou passivement, pour rechercher un contenu qui leur procure une satisfaction maximale ? » Le niveau de cette satisfaction dépend des besoins et des intérêts de chaque individu (Windahl, Signitzer, & Olson, 1992: 274).
Rubin (1993) a identifié cinq hypothèses fondamentales de la théorie de l’usage et de la gratification :
- Les individus utilisent les médias avec un objectif et une motivation. Ce comportement intentionnel est bénéfique pour eux et a des conséquences sur eux-mêmes et sur la société.
- Les individus choisissent parmi les médias pour répondre à leurs besoins ou leurs désirs. Ils utilisent les médias pour obtenir des conseils, de la sérénité, des informations et établir des relations sociales.
- Les individus sont capables de reconnaître leurs motivations et besoins, et de distinguer les différents messages et contenus médiatiques.
- Les facteurs sociaux et psychologiques influencent la manière dont les individus recherchent des informations et choisissent les médias.
- Les médias, directement ou indirectement, peuvent déclencher des comportements chez les individus, qui aboutissent à des attentes et des demandes envers les médias. Ces attentes favorisent la diversité des contenus proposés par les médias pour répondre aux besoins sociaux des individus (Windahl, Signitzer, & Olson, 1992: 275).
Les besoins et motivations des individus dans leur utilisation des médias peuvent être regroupés en quatre catégories principales :
- Connaissance et surveillance : Les individus utilisent les médias pour obtenir des nouvelles et des informations sur leur environnement et pour surveiller leur monde social.
- Relations personnelles : Les individus considèrent les médias comme une source de compagnie ou utilisent le contenu médiatique pour dialoguer et interagir avec les autres.
- Identité personnelle : Les individus utilisent les médias pour renforcer leur conscience d’eux-mêmes, trouver des modèles comportementaux et renforcer leurs valeurs personnelles.
- Divertissement et évasion : Les individus se tournent vers les médias pour se divertir et échapper aux problèmes de leur vie quotidienne ou pour se décharger émotionnellement (Windahl, Signitzer, & Olson, 1992: 275).
La théorie des usages et gratifications met en avant le concept de l’activité du public (audience active), suggérant que les individus utilisent les médias de manière active pour satisfaire des besoins spécifiques, en croyant que le choix du média leur apportera la satisfaction recherchée. Cette perspective considère les publics comme des acteurs actifs dans leur consommation médiatique, sélectionnant consciemment des contenus qui répondent à leurs besoins et attentes (Katz, Blumler & Gurevitch, 1973). Cette théorie postule qu’« un individu utilise les communications de masse pour se connecter (parfois se déconnecter) à travers des relations instrumentales, affectives ou d’intégration avec d’autres (soi-même, famille, amis, nation, etc.) » (Katz, Blumler & Gurevitch, 1973).
Les chercheurs ont identifié plusieurs dimensions de cette activité du public :
- Intentionnalité : utilisation planifiée et délibérée des médias, reflétant une connexion entre les motivations individuelles et le choix des médias (Rubin, 1984).
- Sélectivité : exposition consciente et volontaire à des contenus médiatiques spécifiques, basée sur la reconnaissance des besoins personnels (Palmgreen, Wenner & Rayburn, 1980).
- Implication : degré auquel le contenu médiatique est perçu comme pertinent ou engageant pour l’individu, influençant le traitement cognitif de l’information (Perse, 1990).
- Utilité : bénéfices sociaux ou psychologiques dérivés de l’utilisation des médias, tels que l’acquisition d’informations, le divertissement ou le renforcement des relations sociales (McQuail, 1983).
Cependant, cette théorie a été critiquée pour son accent excessif sur l’individu et ses besoins personnels, négligeant les structures sociales et le contexte dans lequel les médias opèrent. En se concentrant principalement sur les motivations psychologiques, elle peut ignorer comment les interactions sociales et les normes culturelles influencent la consommation médiatique (Elliott, 1974). De plus, l’utilisation des médias n’est pas toujours intentionnelle ou réfléchie ; elle peut être guidée par des habitudes ou des routines quotidiennes. Les individus peuvent consommer des médias de manière passive, sans objectifs clairs, simplement par habitude ou pour passer le temps (Lull, 1980). Ainsi, bien que la théorie des usages et gratifications offre un cadre utile pour comprendre pourquoi les individus choisissent certains médias, elle doit être considérée en tenant compte des critiques qui soulignent l’importance du contexte social et des habitudes dans la consommation médiatique.
Les travaux de Katz et de ses collègues ont posé les bases théoriques de l’approche des usages et gratifications. Depuis, les recherches dans ce domaine se sont renforcées et étendues à d’autres champs des médias et de la communication (Ruggiero, 2000).
Les téléphones mobiles, une technologie relativement récente, offrent une large gamme d’usages et de gratifications. Leur portabilité, leur connectivité permanente et leur double fonctionnalité permettant de créer et d’accéder à du contenu en font un domaine de recherche dynamique, notamment pour comprendre les motivations qui sous-tendent leur utilisation. En général, les individus utilisent les téléphones mobiles pour répondre à divers besoins, tels que la sociabilité, le divertissement, le statut, l’accès instantané, la praticité, la mobilité et le réconfort psychologique (Leung et Wei, 2000).
Internet offre un nouveau champ d’exploration approfondi pour la théorie des usages et gratifications. Il a été identifié trois grandes catégories de gratifications liées à son utilisation : la gratification liée au contenu, celle liée au processus, et celle liée aux interactions sociales.
- Bibliographie:
- Elliott, P. (1974). Uses and gratifications research: A critique and a sociological alternative. In J.G. Blumler & E. Katz (Eds.), The uses of mass communications: Current perspectives on gratifications research (pp. 249-268). Sage.
- Katz, E. (1959). Mass communications research and the study of culture. Studies in Public Communication, 2(1), 1-6.
- Katz, E. (1987). « Communication research since Lazarsfeld ». Public Opinion Quarterly. 51 (4 PART 2): 525–545.
- Katz, E., Blumler, J.G., & Gurevitch, M. (1973). Uses and gratifications research. Public Opinion Quarterly, 37(4), 509-523.
- Lazarsfeld, P. F., & Berelson, B. (1948). The people’s choice: How the voter makes up his mind in a presidential campaign. Columbia University Press.
- Leung, L., & Wei, R. (2000). More than just talk on the move: Uses and gratifications of the cellular phone. Journalism & Mass Communication Quarterly, 77(2), 308–320.
- Lull, J. (1980). The social uses of television. Human Communication Research, 6(3), 197-209.
- McQuail, D. (1983). Mass communication theory: An introduction. Sage.
- McQuail, Denis (1985). Mass Communication Theory: An Introduction. London: Sage Publications.
- Palmgreen, P., Wenner, L.A., & Rayburn, J.D. (1980). Relations between gratifications sought and obtained: A study of television news. Communication Research, 7(2), 161-192.
- Perse, E.M. (1990). Involvement with local television news: Cognitive and emotional dimensions. Human Communication Research, 16(4), 556-581.
- Rubin, A. M. (1993). Audience activity and media use. Communication Monographs, 60(1), 98-105.
- Rubin, A.M. (1984). Ritualized and instrumental television viewing. Journal of Communication, 34(3), 67-77.
- Ruggiero, T. E. (2000). Uses and gratifications theory in the 21st century. Mass Communication and Society, 3(1), 3–37.
- Stafford, T. F., Stafford, M. R., & Schkade, L. L. (2004). Determining uses and gratifications for the Internet. Decision Sciences, 35(2), 259–288.
- Windahl, S., Signitzer, B., & Olson, J. T. (1992). Using communication theory: An introduction to planned communication. SAGE Publications.

Laisser un commentaire